20 kilomètres de Paris, le pari réussi de Michel Jazy

Légende du fond français au parcours atypique et aux multiples records du monde, Michel Jazy est celui qui a l’idée de créer les 20 Kilomètres de Paris. Rencontre avec un homme qui a fait l’histoire. 

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N’est-ce pas curieux pour un semi-fondeur de créer un 20 kilomètres ?

Pas particulièrement : c’est une distance choisie pour faire participer un maximum de gens. En 1979, j’avais été sollicité par quelqu’un du ministère des Sports qui voulait organiser un grand rassemblement populaire. Il avait été séduit par ce qui se faisait lors du marathon de New York et voulait montrer que Paris était capable d’organiser des courses du même genre. À l’époque, le général Henri Louet de l’Armée de l’air, en charge de l’organisation, et la personne du ministère m’assuraient : « on ne pourra jamais réunir plusieurs milliers de personnes, gérer la course en même temps ! ». J’avais tenu le pari. Et finalement, au départ, il y avait 8 000 personnes ! (Pour comparaison, lors du premier marathon de Paris en 1976, il n’y avait eu que quelques centaines de participants, ndlr) L’organisation n’a pas été une mince affaire mais il n’y aucune anicroche, aucun accident. Une satisfaction.

Vous avez rejoint Paris durant votre adolescence, quittant le bassin minier du nord où vous êtes né. Un choc ?

C’est sûr. J’ai été un peu perdu quand je suis arrivé à Paris vers mes douze ans. Je venais du Pas-de-Calais, d’un petit village de 4000 habitants : Oignies. La capitale m’a déboussolé parce que je suis venu avec mon accent du chnord, l’accent chtimi, et le verbiage qui allait avec. Les copains que je me suis fait dans Paris se sont longtemps moqués de moi à cause de ça… (Rires)

C’est véritablement à Paris que vous découvrez la course à pied ?

Avant, j’étais plutôt football, je suivais les équipes du nord : Lens, Lille, Roubaix… Je jouais au milieu de terrain, je courais partout ! C’est en arrivant à Paris que ma mère m’a poussé à choisir la course à pied. Ça la rassurait, c’était moins dangereux, moins traumatisant. Je me suis laissé faire parce que j’avais une profonde admiration pour ma mère.

À 16 ans, je dispute ma première course, un cross dans le bois de Boulogne-Billancourt. Le contexte était un peu particulier parce que c’était un copain, Gérard Marzin, champion d’Île-de-France de cross, qui m’en avait parlé. À l’époque, je ne savais même pas ce qu’était la course à pied… Parmi les participants, il y avait des licenciés, je suis arrivé sans préparation, mais j’ai gagné ! Et ça m’a donné envie de recommencer.

Et donc immédiatement, vous voulez faire carrière ?

Ce n’est pas aussi simple. À l’époque, on n’était pas professionnel, on ne pensait pas comme cela. Ce qui était certain, c’est que ma mère m’a rapidement dit « tu ne seras pas mineur de fond ». Elle avait entendu dire que c’était un métier dangereux, et puis que ça bouleversait la vie des jeunes dans le Nord… J’enchaînais des petits boulots. Elle a décidé, sous l’impulsion de plusieurs journalistes de L’Équipe qui me connaissait, comme Robert Parienté, de me faire prendre une licence d’athlétisme. Ensuite, j’ai couru plus régulièrement. Même si alors je ne faisais pas attention à mon régime et que je mangeais ce que je voulais. Il m’est arrivé de vomir après des courses après un repas trop copieux à déjeuner… C’est devenu sérieux par la suite. Et à 18 ans, j’ai dû être naturalisé français, moi qui étais polonais, pour pouvoir acquérir un titre dans les catégories senior.

À l’époque, voir des femmes s’écharper sur un terrain n’a rien de commun. Et même voir des femmes faire du sport en règle générale est chose peu courante. C’est l’époque où les opinions olympico-machistes du baron Pierre de Coubertin étaient omniprésentes : « Les Jeux Olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs. (…) Une olympiade femelle est impensable : elle est impraticable, inesthétique et incorrecte. »

Vous progressez rapidement et devenez champion de France du 1 500 mètres en 1956. Dans la foulée, vous êtes convoqué pour participer aux Jeux Olympiques de Melbourne. À 20 ans, c’est une surprise ou une fierté ?

Une grande surprise. Le ministère avait ouvert une bourse pour une dizaine d’espoirs de l’athlétisme afin d’y participer. J’ai eu de la chance de faire partie des candidats, au détriment de mon collègue Michel Bernard (multiples champion de France de semi-fond), qui lui n’y est pas allé, parce qu’il était un peu plus vieux. J’ai beaucoup regretté son absence, parce que c’est à partir de là qu’on a commencé à parler de nous comme deux adversaires, comme l’étaient Jacques Anquetil et Raymond Poulidor dans le cyclisme.

Justement, cette rivalité avec Michel Bernard (multiples champion de France du 1500, 5000 et 10 000 mètres), de quelques années votre aîné, vous a aidé dans votre carrière ?

Mon avis, c’est qu’il aurait été dommage qu’on soit nés à des époques différentes parce que notre présence à tous les deux a fait évoluer l’athlétisme français. Nous-même, on a progressé mais tout le monde en a profité autour de nous.

Vous devenez un membre important de l’équipe de France avec une participation aux championnats d’Europe de 1958 puis, surtout, aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960.

J’allais là-bas alors que mes performances étaient dérisoires, j’étais parmi les plus médiocres au niveau du temps… Je me suis retrouvé en finale, et même à la deuxième place. Pour moi, ça a été une immense surprise. J’ai battu mon record personnel de quatre secondes ! Je m’étais entraîné très sérieusement et dur pendant un an. J’avais retenu la leçon de Melbourne en m’ôtant de l’esprit tous les loisirs et me concentrant uniquement sur la course à pied.

Cette médaille d’argent de Rome vous apporte une médiatisation sans précédent…

Ma grande chance dans la vie, c’est qu’il n’y avait à l’époque qu’une seule chaîne de télévision ! Et à sa tête, il y avait Raymond Marcillac, ancien champion de France du 400 mètres et passionné d’athlétisme. Il faisait tout pour retransmettre les évènements à la télévision. On s’entendait bien. C’est pour ça que je suis devenu une star. La télévision a joué un grand rôle dans ma carrière. Par la suite, on a eu cet accord : il retransmettait toutes mes tentatives de record du monde. Je m’entraînais dur pour cela, et chacun de mes essais passait à la télévision, sur la chaîne unique. On ne pouvait pas rater cela !

« Il m’est arrivé de vomir après des courses après un repas trop copieux à déjeuner… » 

Au sommet de votre forme physique et de votre carrière, vous arrivez aux JO de 1964 à Tokyo en favori. Et pourtant, c’est la déception, vous terminez quatrième sur 5 000 mètres. 

Sur la finale, j’ai fait l’idiot, je n’ai pas été suffisamment raisonnable. J’ai fait une connerie, je suis parti bien trop tôt dans la course. Je savais que j’étais le plus rapide de tous sur 1 500 mètres, et donc dans le sprint final. J’étais un peu présomptueux. Si j’avais attendu les 200 derniers mètres pour attaquer, je serai aujourd’hui champion olympique… Mais je ne regrette pas le fait d’avoir changé d’épreuve, de 1 500 à 5 000 mètres. Pour moi, participer au 5 000 mètres, c’était succéder à des coureurs comme Emil Zatopek, Volodymyr Kuts, Alain Mimoun.

Pourquoi arrêter la course à pied à seulement 30 ans, en 1966 ?

J’avais décidé d’arrêter à 30 ans depuis longtemps… Il fallait que je ramène de l’argent à la maison. Je ne pouvais pas me permettre de naviguer comme cela longtemps alors que je n’étais pas sûr que je pourrais nourrir ma famille en courant. J’étais salarié et, quand je participais à des compétitions, je n’étais pas payé. J’étais père de famille avec deux enfants. À l’époque, le soutien de la fédération, on ne connaissait pas… Et puis une autre décision m’a poussé à arrêter, celle d’organiser les Jeux de 1968 à Mexico. Avec cette altitude, les athlètes européens étaient battus d’avance. Résultat, pour la premières fois, les Africains ont survolé le demi-fond et le fond. J’étais là-bas en tant que consultant pour RTL et j’ai vu la course de Ron Clarke (meilleur fondeur de l’époque), de Jean Wadoux… J’ai vu tous ces garçons qui ont eu du mal à revenir sur terre après la course. Quand j’ai vu ça, leur souffrance, je me suis dit que j’avais bien fait d’arrêter, il était temps…

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui court son premier 20 kilomètres le 8 octobre prochain ?

D’abord, je recommande beaucoup de prudence. Ne pas emballer le moteur. J’ai fait le 20 kilomètres à deux reprises et j’ai vu des gens partir très vite et finir à l’agonie. C’est une épreuve douloureuse, il faut avoir pris le soin de s’être bien entraîné. Dans l’idéal, il faut y participer plusieurs fois. Au fur et à mesure, on se connaît mieux, on connaît son corps et on progresse. En règle générale, pour être un bon coureur à pied, il faut s’entraîner dur, dur, dur. Il y a une part de souffrance dans la course à pied. 

Propos recueillis par : Jean-Romain Blanc

 

 

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