Le sas de décompression

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Récit

Peut-être le moment le moins agréable d’une course, douleurs mises à part, l’arrivée dans le sas est pour beaucoup propice à la méditation. À l’opposé, certains en profitent pour déconner et se faire de nouveaux amis.

Quelque soit la course, parquée dans plusieurs dizaines de mètres carrés, la pression s’accumule avant le départ. Dans la tête d’abord, dans le corps ensuite. « Le sas est synonyme de stress et de concentration pour moi, commence Alice. Je suis dans ma bulle à mort pour me rappeler à quel temps je dois être à tel kilomètre. » Pour elle, les minutes qui précèdent le compte à rebours ne sont pas les plus légères. Machinalement, chacun regarde au moins une fois ses chaussures, le départ et le ciel. Puis vient ce tour d’horizon des voisins. Pour décompresser et réajuster la pression.

Dans ce moment, la socialisation passe par des subterfuges classiques. « Généralement, je fais la petite vanne qui va quand l’occasion se présente » avoue David. Au fond, sans réel objectif de temps, se trouve ce groupe de potes venus sur un coup de tête se prouver que malgré la non-préparation, ils peuvent relever le défi. Sur un 10k à Coulommiers, c’est le cas d’Alan et son « crew des chineurs fous » qui arrivent à faire chanter une trentaine de personnes avec eux. La tenue est aussi un bon catalyseur. « Je portais un tour de cou du Grand trail des Templiers lors de Marseille-Cassis, amorce Kévin, et un mec l’a reconnu. Donc on a discuté de ça et de la course qui nous attendait. » Qu’elles démarrent sur un passage au pipi-room ou sur un chrono commun, ces rencontres éphémères ont parfois l’originalité de survivre aux lois du temps.

 

La Speedy Gonzesse

Après une rupture, Olivia s’investit à corps perdu dans la course. Parce que la solitude pèse, elle monte avec ses amies le groupe des Speedy Gonzesses. Rapidement, leur maillot rose floqué devient source de sourires et signes de main. Un jour dans le sas du Trail des gorges du Tarn, l’occitane a même droit à un « Salut Olivia » de baryton qui l’enracinera dans la grande famille des coureurs. Car Pierre, l’homme qui l’interpelle, va l’attendre sous le chrono final, la féliciter de son heure et demi passée et terminer la discussion qu’il a lancée onze kilomètres plus tôt. C’est lui aussi qui la présente à tous ses potes dingues de course. Son nombre d’amis s’agrandit. « De là, je me suis inscrite dans leur association, Les collègues 48, et j’ai rencontré de nouvelles personnes qui m’ont menée à prendre ma licence de triathlon pour l’année 2018. C’est génial qu’un petit détail comme mon nom sur mon t-shirt ait changé ma vie comme ça » se réjouit-elle. Aujourd’hui, Olivia améliore ses chronos, boucle les 20km de Montpellier en 1h45 et se passionne pour le triathlon. « Je me suis sortie de la galère grâce au sport et à mes amis, je ne peux que les remercier. »

Rencontre avec le soi-même type

En 2014, de l’autre côté de la frontière helvète se profile la rencontre entre Florence, en préparation pour le Fyne Terra, et son sosie. Sur le BCN Tour de Neuchâtel, course régionale par étapes, la Suisse remarque à chacun des départs une grande blonde au physique et au chrono identiques aux siens. Sur la sixième et dernière épreuve, la tentation est trop forte. Après quelques mots elle découvre que son double se nomme Mélanie, étudiante en étiopathie et coureuse invétérée. Toutes les deux partagent un physique, un sport mais surtout une vie entière de centres d’intérêt. « J’ai l’impression qu’on était faite pour se rencontrer » relate-t-elle. En entretenant une relation épistolaire digitale, les deux copines se retrouvent régulièrement pour allonger la foulée et participer à plusieurs courses ensemble comme la classique Morat-Fribourg. « Grâce à elle, je me suis même laissée entrainer dans mon premier triathlon en catégorie découverte l’an dernier », détaille Florence. Au pire, l’une pourra finir pour l’autre.

Par : Arnaud Blanc
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