PETIT LEXIQUE DU COUREUR FRANCAIS

Détente

Petit lexique du coureur français

Langue riche s’il en est, le français a semé quelques trésors linguistiques dans le domaine de la course. Retour sur les origines de ces morales, allégories ou autres locutions. 

Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Sûrement la plus connue de toutes, signée de La Fontaine dans sa fable Le Lièvre et la Tortue. L’histoire est bien connue : le longues oreilles, trop sûr de sa vitesse, se repose et vaque à moult occupations avant de se ruer jusqu’à la ligne d’arrivée. En vain, il termine second derrière son adversaire reptilien. Le dicton invite donc celui qui l’entend à ne pas procrastiner afin éviter d’avoir à se précipiter. Sinon, il y a la version Coluche : « dans les manifs, rien ne sert de partir à point, il faut courir. »
Application : Dennis Kimetto, c’est le lièvre ou la tortue ?

Courir deux lièvres à la fois

Si le nombre de lièvres n’est pas une constante fondamentale, plus celui-ci est grand plus l’expression tend à aggraver son sens. Il faut charger le fusil, enfiler le paletot de chasse et remonter aux premières décennies du XVIIe siècle pour trouver la première trace de l’adage. Au milieu des fourrés, le chasseur – qu’il soit bon ou mauvais – peut parfois se trouver face à deux proies levées et être tenté de faire coup double. Malheureusement, le risque de n’en tirer aucun étant élevé, il lui était conseillé de ne pas succomber à la tentation pour assurer la tache de base. Dans l’ère moderne l’expression s’est élargie à tous les contextes, notamment dans le domaine amoureux. Sinon, au Zimbabwe, on dit que l’éléphant ne peut pas courir et se gratter les fesses en même temps.
Application : Bien choisir son pacer.

Courir le guilledou

Ou courir la galipette outre-Atlantique. Tout comme courir la prétentaine, courir la gueuse et aujourd’hui courir les jupons, la locution est une traduction de la recherche active de multiples conquêtes lascives. L’utilisation du mot guilledou ne se fait dans aucun autre contexte que celui-ci puisqu’il est une fusion des mots guildron et guildrou, désignant respectivement une aventure et un lieu malfamé. Jusqu’au XVIIe siècle, les mots commençant par guil- véhiculent une idée sexuellement malhonnête ; ils tirent généralement leur étymologie du mot guiller (ou tromper).
Application : Dédicace à tous les Guillaume qui « courent ».

Il court, il court le furet…

À défaut d’être une expression, le furet du bois joli n’en demeure pas moins entêtant. La singularité de ces paroles réside dans le fait qu’elles parlent en réalité – par le biais d’une contrepèterie – d’un curé déviant du droit chemin pour fourrer à tout-va, le bien-nommé Guillaume Dubois. Ledit religieux, cardinal de Philippe d’Orléans sous l’Ancien Régime et libertin reconnu, fait l’objet d’une attaque anticléricale camouflée puisque toute critique ouverte à l’époque menait droit aux geôles de la Bastille.
Application : Guillaume court toujours.

Courir sur le mont

Contrepèterie. Et une mauvaise en plus.

Courir comme un dératé

Ici, on se plonge en quelques sortes dans les prémices du dopage, par le biais d’une ablation de la rate. Longtemps considérée comme source du point de côté chez les athlètes, il était régulièrement envisagé vers 1750 de la retirer, faisant d’eux des « dératés ». Il était d’ailleurs constaté au milieu du XVIe siècle que dans les courses de lévriers, les sujets démunis de rate étaient les premiers à franchir la ligne d’arrivée. À ce jour, la seule à courir comme une vraie dératée est la marathonienne italienne Valeria Straneo, opérée pour sphérocytose. Son record est de 2h23min44s contre 2h41min15s avec rate.
Application : Toujours mieux que de courir comme un raté.

Courir sur le haricot 

Pas de lien avec Jack. La présente locution est une nouvelle fois l’association de deux expressions distinctes de trois siècles (XVIe et XIXe) : courir quelqu’un et haricoter. La première revient à qualifier une personne de gonflante et la seconde… également. Le fait de compiler les deux représente donc le summum de l’énervement d’antan, l’apogée de l’exaspération, le brisage de bollocks politiquement correct. Et pourquoi sur le haricot ? Parce que celui-ci était le terme argotique pour orteil.
Application : Parfaitement adapté aux sas de départ bondés.

Courir à fond de train

Un énième adage pour exprimer le besoin de tracer une bonne pointe. Il n’y est pas question de locomotive ou du dernier wagon qui la suit mais plutôt de chevaux. Sans lien avec la croupe, le train est ici l’allure du canasson poussée à fond.
Application : À ne pas confondre avec « courir après son train », hélas trop souvent utilisé.

Par : Arnaud Blanc
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