Seniors, just trail it !

En mélangeant contemplation de la nature, résilience morale et résistance physique, le trail a tout pour convaincre les sportifs de plus de cinquante ans.

Même pour les coureurs à pied réguliers, le trail est un monde un peu à part. Il impressionne, subjugue, effraie même parfois. Si bien que c’est souvent sur le tard que les runners rejoignent cette discipline éprouvante, qui nécessite maturité, une solide connaissance de soi, une résilience à toute épreuve et la capacité de s’émerveiller devant les éléments naturels. En un mot, le trail s’accorde un grand âge. En témoigne la moyenne d’âge sur l’Eco-Trail de Paris cette année (41 ans) ou même sur le très relevé Ultra-Trail du Mont-Blanc (42 ans en 2015). La discipline est particulièrement ouverte, même au plus haut niveau, l’Italien Marco Olmo a remporté deux fois l’UTMB après avoir soufflé ses 57 bougies.

Le trail, c’est un peu comme un retour aux sources, comme quand on voit des retraités choisirent de vivre dans un vieux mas au fond de la Creuse plutôt que de lutter avec une retraite pourrie pour conserver son deux-pièces avec vue sur cours dans le centre-ville d’une grande agglomération. Paul André, 63 ans a découvert le trail sur le tard, après un emménagement professionnel sur l’île de la Réunion. « Avec l’âge, j’ai abandonné les sports collectifs, trop prenants, pour me mettre à la course à pied. A la Réunion, la Diagonale des Fous, c’est un peu une institution. D’abord, je voyais ça de loin, je pensais ça impossible, puis j’ai eu envie d’essayer. »

Avec ses forts dénivelés positifs, ses longs tronçons en pleine nature, ses distances et ses temps longs, le trail peut faire figure d’épouvantail pour un pratiquant de course à pied. Les coureurs le rejoignent souvent lors de leur deuxième partie de vie de sportif, comme un ultime défi. « J’ai toujours couru, annonce Nathalie, 61 ans, et j’entendais parler d’épreuves comme les 100 kilomètres de Millau. Je trouvais ça dingue avant de voir ça comme un challenge personnel. Au départ, on n’imagine pas son corps tenir 100 kilomètres… Avec une bonne préparation, c’est passé et depuis j’enchaîne les trails dans des environnements de plus en plus difficile, de plus en plus naturels ». La proximité de la nature est un argument récurrent pour les traileurs. Ils délaissent les courses sur bitume avec de moins en moins d’appréhension. « C’est un peu cliché, mais on a l’impression de faire partie de la nature, à parcourir ces sommets, ces montagnes. J’ai longtemps pratiqué la randonnée, et ça rejoint un peu cette passion-là. Et puis, quitte à se déplacer pour faire une course, autant que ça dure. Faire l’effort de se rendre dans une ville pour courir une heure, je n’en vois pas l’intérêt.»

Nature, pureté, hydratation

José Santos, ressortissant portugais âgé de 58 ans, et un des membres fondateurs de l’ITRA (International Trail-Running Association), ne dit pas autre chose. « Même si j’aime bien courir sur piste, la possibilité de se rapprocher de la nature, l’aspect introspectif qui est associé avec ça, et l’espèce de sensation « d’aventure » que l’on ressent quand on fait du trail, font que j’évite le plat depuis 2002 ! ». Le trail possède des attraits que n’a pas la course à pied classique. Le paysage et l’étroit contact avec la nature environnante en est un. Nathalie parle d’une « forme de pureté » de mettre son corps en rapport aussi direct avec la nature.

L’âge ne provoque pas seulement de l’arthrose et l’envie de se rapprocher de la nature. Dans le cadre du trail, l’âge est bel et bien une qualité. L’expérience et la connaissance de soi sont souvent mises en avant quand on parle des qualités d’un trail-runner. Par exemple, cette année, sur la Diagonale des Fous, l’Américain Jim Walmsley, étoile montante de l’ultra-trail, a dû abandonner après 20 heures de course après un départ canon. Et les autres athlètes de rapidement remettre en cause la jeunesse (27 ans) et le panache du bonhomme, au détriment de son corps. « Si je suis aujourd’hui un meilleur coureur qu’il y a quelques années, je pense que c’est grâce à une combinaison de connaissance, d’expérience et d’équipement, clame José Santos. Avec le temps, on apprend à mettre en place une stratégie adaptée au niveau de la nutrition et de l’hydratation. C’est aussi important que de posséder les bons équipements et accumuler les courses de trail pour savoir gérer son effort. »

La connaissance que l’on a de son corps va de paire avec une forme de contrôle qu’on exerce sur lui. En plus de mieux gérer ses efforts, l’âge apporte une compréhension nouvelle de ce que réclame un exercice physique. C’est comme débuter le ski sur le tard ; le débutant de quarante ans sera moins casse-cou que l’enfant de cinq ans. Il sera plus attentif aux virages, aux courbes, au placement de ses skis et moins porté sur l’instinct pur qu’un gamin qui tombera de 90 centimètres de haut dans le pire des cas. La nutrition fait partie de ces instruments qui permettent de conserver un corps en bonne santé. « J’ai toujours eu une alimentation plutôt saine, témoigne Paul André. C’est mon épouse qui remplissait le frigidaire… Depuis que je fais des trails, je fais encore plus attention aux excès. » Avec l’âge, le corps devient un instrument que l’on bichonne. « Quand j’étais plus jeune, je me moquais des gens qui nous demandaient de s’étirer. Mais depuis quelques années, pour moi, c’est devenu plus que récurrent. Je m’étire tout le temps ! ».

« Le trail, c’est aussi savoir s’arrêter »

Les efforts proposés par le trail ne s’opposent pas aux capacités physiques d’un corps de 50 ans. En ce sens, il a les mêmes vertus que la course à pied « classique ». « Bien sûr qu’on peut débuter le sport sur le tard !, s’exclame Michel Salom, chef du service de gériatrie à l’institut Léopold-Bellan. L’âge entraîne des modifications physiques. Les fibres musculaires diminuent mais les fibres longues, en charge de la résistance du muscle à l’effort, progressent. Passé 50 ans, on s’oriente alors vers des sports d’endurance, logiquement ».

C’est ce que confirme José Santos, ressortissant portugais de 58 ans. « Heureusement, je n’ai pas perdu mes capacités de course avec l’âge. Ce sont mes entraînements qui ont beaucoup évolué avec le temps : j’ai dû abandonner les séances courtes à haute intensité et multiplier les étirements. Je récupérais moins bien. » Le trail est une discipline d’endurance, qui ne réclame pas une énorme musculature et dont les temps de repos font partie intégrante de la course. « On dit souvent que le trail, c’est une école de la ténacité, de la volonté, appuie Paul André. C’est quelque chose qu’on peut acquérir avec l’âge. » Le trail, c’est aussi savoir s’arrêter, prendre cinq minutes de plus à un ravitaillement par là, marcher pendant 20 minutes par ci.

Au quotidien, les stars, si tant est que le trail et le terme « star » peuvent être accolés l’un à l’autre, que sont François D’Haene ou Kilian Jornet sont proches de la trentaine. Il n’empêche que dépasser cinquante ans, on peut continuer à avoir des objectifs en terme de performance. José et Paul visent respectivement de terminer dans « les 10 premiers pour cent des coureurs » et dans « le premier tiers ». Comme un signe que la compétition reste un moteur, même si on ne lutte plus forcément dans la même catégorie que les tout meilleurs. Pour Nathalie : « il est capital d’avoir un objectif. Passé un certain âge, on sait qu’on n’arrivera plus à battre son record sur marathon. Le trail permet de remettre à plat tout ça. D’une année à l’autre, même si on fait le même trail, le parcours peut évoluer et le temps ne signifie pas grand-chose en fin de compte, on est très dépendant de la météo par exemple lors d’un trail. On se fixe d’autres objectifs : quand je passe la ligne, je suis déjà satisfaite ».

Il est intéressant de noter que les coureurs les plus performants après 60 ans sont ceux qui ont commencé à courir de manière récurrente autour de la quarantaine. En démarrant le trail sur le tard, le capital corporel est relativement préservé. Les excès d’entraînements des coureurs dans leur jeunesse sont préjudiciables sur leurs chronos dans le futur. Il est donc permis de penser que dans trente ans, certains pourront déposer Kilian Jornet dans une montée, parce que le Catalan aura usé ses tendons, connu différentes blessures, épuisé ses muscles… Le trail, c’est surtout ça : ne jamais perdre espoir.

Par : Jean-Romain Blanc
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