Joan Benoit, l’étoile filante

Une étoile filante débarque bien souvent sans prévenir. A 15 ans, Joan Benoit est une adolescente sportive du Maine, touche à tout, qui enchaîne les victoires dans les compétitions de ski de jeunes. Mais un jour, lors d’un slalom, elle se casse la jambe. Des médecins lui conseillent la course à pied longue distance pour se remettre doucement. Joan se découvre une nouvelle passion qui ne la quittera plus jamais. Cependant, un problème demeure : son lycée de Cape Elizabeth n’a pas encore d’équipe féminine d’athlétisme. Pourtant, au même moment, l’amendement Title IX of the Education Amendments est voté en 1972 aux Etats-Unis. Il interdit toute discrimination de genre dans les programmes d’éducation soutenus par l’État. Mais les mœurs ne suivent pas encore. A l’époque, courir seule pour une fille reste mal vu. Alors Joan court partout où elle peut, le long de la route et surtout à l’abri des regards.

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Quand les voitures passaient, je faisais semblant de regarder les fleurs” – Joan Benoit

“Quand les voitures passaient, je faisais semblant de regarder les fleurs”, expliquera-t-elle plus tard dans une interview à Runner’s World. Secrètement, elle s’inspire d’une amie de fac qu’elle regarde courir tous les jours. “A force de la voir faire, j’ai décidé de ne plus me soucier de ce que les gens pensaient”. Et puis, après tout, quand elle court, Joan n’a pas le temps de se retourner, elle va déjà beaucoup plus vite que les autres. Après deux années à Bowdoin College, chez elle, elle s’envole pour la grosse fac de North Carolina, rendue célèbre pour ses équipes sportives, les Wolfpack. Les résultats arrivent vite. En 1977 et 1978, elle est élue parmi les meilleures coureuses de l’année. En 1978, elle est la figure de proue de son équipe qui participe aux championnats de cross country de la côte-est. L’histoire est en marche.

RECORD DU MONDE ET COURSE CONTRE LA MONTRE

Les courses universitaires deviennent rapidement trop étroites pour elle. En 1979, elle décide donc de se mesurer pour la première fois à l’épreuve suprême : le marathon. Celui de Boston, plus précisément. Sans vraiment prendre le temps d’un round d’observation. Au mile 19, engluée dans le peloton, elle décide de passer la seconde et termine sur un sprint à couper le souffle. Elle l’emportera en deux heures, 35 minutes et 15 secondes. Jamais une femme n’avait couru ce marathon aussi vite. Aux Etats-Unis, on commence à parler d’une jeune coureuse, menue mais redoutable qui est prête à changer le cours de l’histoire avec sa casquette des Boston Red Sox sur la tête. Le prochain rendez-vous avec cette course a lieu en mars 1983. Dans les rues de Boston, Joan Benoit s’envole encore et explose de deux minutes le record du monde pourtant battu la veille par sa rivale norvégienne Grete Waitz à Londres en 2 heures, 22 minutes et 43 secondes.

Joan Benoit a désormais dans sa ligne de mire le premier marathon féminin olympique de l’histoire. Il se tiendra à Los Angeles, un an plus tard. Seulement voilà, en mars 1984, elle se blesse à l’entrainement. Or les qualifs pour les JO approchent. L’athlète va devoir remonter une course folle. Encore une. Encore une victoire. Dix-sept jours avant la course des qualifications, Benoit est opérée d’une arthroscopie du genou droit. Quatre jours après, elle recourt déjà 17 miles. Elle compense avec sa jambe gauche et souffre. Mais peu importe. Le 17 mai, elle doit finir dans le top trois. Joan Benoit court cette course comme elle les a toujours couru : en prenant la tête au mile 17 et en ne la lâchant plus jusqu’à la victoire. Une performance hallucinante pour une athlète qui sort juste de blessure. Mais ses yeux sont rivés sur le marathon du 5 août. Elle devra affronter la norvégienne Grete Waitz, invaincue jusqu’alors.

OBJECTIF LUNE, TOUR D’HONNEUR ET MARIAGE

Lorsque le pistolet du starter donne le départ, malgré la chaleur étouffante, Joan Benoit, imperturbable, recommence : elle prend la tête au mile trois et ne la quitte plus. Dans le peloton, Grete Waitz compris, tout le monde attend une éventuelle défaillance à cause de sa blessure récente. Elle ne viendra pas. Joan Benoit entre seule sur la piste du Los Angeles Memorial Coliseum dans une enceinte est en fusion. Quand Grete Waitz franchit la ligne d’arrivée en seconde position, Benoit, jamais rassasiée, fait des tours de piste avec le drapeau américain. L’apogée de sa carrière. De quoi faire un long break ? Bien sûr que non. Dans la foulée, elle se marie avec Scott Samuelson, rencontré à Bodwoin, avec qui elle aura deux enfants.

Malgré des blessures à la cheville et au genou, malgré sa nouvelle vie de famille, Joan Benoit continuera de courir. Vite. En 1987, elle termine seconde au marathon de Boston seulement trois mois après une grossesse. En 1996, à 40 ans, elle finit 13ème lors des qualifications pour les JO d’Atlanta, en 2 heures, 36 minutes et 54 secondes, une nouvelle performance remarquable alors qu’elle souffre désormais d’asthme. Le niveau des courses a augmenté mais Joan Benoit tente toujours de montrer l’exemple et de donner le meilleur. “Dans ma vie, j’essaie d’être un modèle pour que les enfants qui me regardent puissent trouver l’inspiration”, dira-t-elle à Runner’s World. Une philosophie qui la suivra après sa carrière. Aujourd’hui, elle partage son temps entre l’écriture de livres (Running Tide and Running for Women) et un travail de consultante pour Nike dans des cliniques et des centres de remise en forme aux États-Unis et dans le monde. Dès qu’elle le peut, elle aime aussi pêcher le homard, commenter quelques courses et remonter sur ses skis descendre quelques pistes. Une manière pour elle de boucler la boucle. Une étoile filante ne s’éteint jamais, elle vole toujours.

"L'étoile file vers le record"

“Dans ma vie, j’essaie d’être un modèle pour que les enfants qui me regardent puissent trouver l’inspiration” – Joan Benoit

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