Steve Prefontaine, le rebelle runner

A quoi reconnaît-on un précurseur ?
Sans doute au fait qu’il change le cours de l’histoire mais aussi et surtout qu’il est seul. 

Contre tous.
Phil Knight, ancien athlète et fondateur de Nike, en est un. En 1973, il cherche à populariser les premiers modèles de chaussures de sport de son entreprise mais manque d’argent pour s’offrir de grandes campagnes de pub. Knight a alors l’idée d’équiper des athlètes comme lui : charismatique, facilement identifiable et dont la personnalité irradie au-delà des terrains de sport.

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La providence met sur son chemin Steve
Prefontaine, première pépite d’une longue série d’athlètes rebelles et hors normes – John McEnroe, André Agassi, Eric Cantona, Charles Barkley…- qui feront le succès de la marque. Il faut dire que le jeune coureur est de l’Oregon et a les qualités requises : une tête de Beatles – cheveux dans le vent, rouflaquettes et moustache – et surtout déjà pas mal de chronos retentissants au compteur.

À 15 ans, le blondinet a déjà couru deux miles en 8 minutes, 41 secondes et 5 centièmes pour la Marshfield High School de Coos Bay, Oregon. Record national. Lors de ses années junior et senior de high school, il n’a pas perdu le moindre cross-country et la rumeur enfle : un crack est dans les parages et il a un nom de chanteur folk. Pour Prefontaine, les courses se déroulent toujours de la même manière : il prend la tête dès les premiers mètres, et ne la lâche plus.

A chaque sprint, il électrise la foule. Très vite, Bill Bowerman, le mythique coach de l’université d’Oregon, qui fut aussi l’un des inventeurs du “jogging moderne” et le premier entraineur de Phil Knight propose de s’occuper de lui. Prefontaine accepte. Mais pour une raison: “Il a dit qu’il ferait de moi le meilleur coureur de fond. C’était tout ce que j’avais besoin d’entendre.” Au même moment, le jeune coureur fait la couverture du magazine culte Sports Illustrated.
Dessus, il est écrit: “Le prodige du fond américain.”
La machine peut s’emballer.

coucou

“Certaines personnes créent avec des mots, avec de la musique ou avec un pinceau et de la peinture. Je veux faire quelque chose de beau quand je me lance. Je veux que les gens arrêtent et disent: ‘Je ne l’ai jamais vu quelqu’un courir comme ça avant”
– Steve Prefontaine.

LA PADDOCK TAVERN ET LA GUERRE DU VIETNAM

Sous les ordres de son nouveau coach, Prefontaine accumule les récompenses universitaires (sept titres nationaux sur la distance de 3 miles et en cross-country) et sa cote ne cesse de monter. Phil Knight lui propose alors un deal : un contrat de sponsoring à 5000 $ l’année. À chaque course, Steve Prefontaine devra être habillé en Nike de la tête aux pieds et porter les fameuses Waffle Shoes.

L’athlète qui a déclaré un jour que “ce n’est pas l’athlétisme qui va (me) permettre de manger et de payer (mes) factures”, vit en réalité grâce à un petit boulot de barman à la Paddock Tavern et habite une remorque. Alors il accepte, sans pour autant rentrer dans le moule, ce qui plaît à Nike. Fervent opposant à la guerre du Vietnam, Prefontaine devient une rock star et une icône rebelle. Dans les stades, les t-shirts ‘Stop Pre’ sont partout. Pourtant, le running est loin d’être un phénomène de mode à l’époque et pour une jeune marque, tout miser sur un coureur de fond est un pari osé. Mais ‘Pre’ démocratise la discipline et la rend ‘cool’ aux yeux de l’Amérique. L’athlète travaillera même comme commercial pour la marque. Avec flair. En avril 1975, il envoie une paire de Nike Boston 73 à un certain Bill Rodgers, qui deviendra, avec, une légende du marathon.

FAUCHE UN SOIR DE MAI

A quoi reconnaît-on un rebelle ? A sa vie, à sa mort et à ses convictions. Le 29 mai 1975, après avoir gagné le 5000 mètres de Hayward Field à Eugene, Prefontaine fait un peu la fête avec d’autres coureurs chez son coéquipier Geoff Hollister. Peu après minuit, il ramène son ami coureur Frank Shorter chez lui en voiture pour le convaincre de se rallier à sa cause. En pleine bataille avec l’Amateur Athletic Union pour la défense des droits des coureurs amateurs obligés de travailler à côté, Prefontaine n’a pas peur de l’ouvrir face aux instances de son sport. L’échange doit se prolonger le lendemain lors d’un run d’entraînement. Prefontaine quitte alors son ami, emprunte le Skyline Boulevard d’Eugene, près de Hendricks Park et perd le contrôle de son bolide, qui finira dans un mur de pierre. Lorsque les médecins arrivent sur le lieu de l’accident, Steve Prefontaine est déjà mort, à 24 ans. Et rentre définitivement dans la légende. Franck Shorter vivra désormais avec ses démons : “Si seulement nous avions parlé cinq secondes de plus ou cinq secondes de moins…”, dira-t-il après l’accident.

En 1978, trois ans après sa mort, l’Amateur Sports Act est ratifié par le Congrès : il offre un cadre légal plus avantageux pour les athlètes. Jamais médaillé olympique, Prefontaine restera comme l’un des coureurs les plus charismatiques de l’histoire du sport US. Surtout, il est la première égérie pop et moderne de Nike. “Pre était un rebelle issu d’un milieu ouvrier, un gars plein d’effronterie et de courage” retiendra Phil Knight. Et de conclure: “L’esprit de Pre est la pierre angulaire de l’âme de cette société.” Des grands noms prendront sa succession mais personne n’atteindra l’irrévérence de Steve Prefontaine.

A quoi reconnaît-on une légende ? Elle ne meurt jamais.

"Made in Oregon"
"style et vitesse à l'état pur"
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