Betty Robinson, l’Or et la Mort

Personnage

Betty Robinson, l’Or et la Mort

Auteur / Matthieu Le Crom 
C’est l’histoire dingue d’une athlète revenue d’entre les morts pour gagner l’or olympique. Au départ, une petite nana de 15 ans dans la banlieue de Chicago, Betty, qui court pour attraper son train. Comme vous et moi. Sauf qu’elle l’attrape, son train, et tout s’accélère.

LIFE ON A FAST LANE

Charles Price, prof de bio et coach d’athlé à Riverdale, déjà installé dans le wagon, hallucine en la voyant courir et la prend sous son aile pour l’entraîner, avec les garçons. Le talent de la gamine est immense et, très vite, elle intègre le prestigieux Illinois Women Athletic Club. Elle débute la compétition sur 100m le 30 mai 1928 et termine seconde derrière Helen Filkey, détentrice du record des USA. Dès sa deuxième course, elle égale le record du monde (12”2), mais celui­-ci ne sera pas homologué. Deux sorties de plus et Betty Robinson intègre l’équipe olympique américaine. Un destin Fast and Furious. Pour la première fois, les femmes peuvent participer aux épreuves d’athlétisme aux Jeux Olympiques d’Amsterdam de 1928, malgré les réticences du Baron de Coubertin et du Pape Pie XI.

Betty est la cadette du Team USA sur le bateau qui parcourt l’Atlantique pour rejoindre Dam. Alors qu’elle n’a que 16 ans et cinq courses senior dans les jambes, Betty Robinson devient la première championne olympique du 100 mètres féminin et reste, encore aujourd’hui, la plus précoce de l’Histoire. Record du monde à la clé, officiel cette fois (12”2). La légende est en marche. Quatre ans plus tard, le CIO remet en question la présence de l’athlétisme féminin pour les Jeux de Los Angeles. La fédé américaine s’insurge et obtient gain de cause. Devenue « la femme la plus rapide du monde » pour les médias US, Betty doit être LA star des JO de 1932.
“Betty Robinson devient la première championne olympique d 100m féminin et reste, encore aujourd’hui, la plus précoce de l’histoire.

KARMA IS A B*TCH

Le 28 juin 1931, Betty Robinson s’envole pour une balade dans les airs avec son cousin Wilson, qui vient d’obtenir sa licence de pilote. Le moteur du biplan cale à 600 mètres d’altitude et l’avion chute en piqué avant de s’écraser au sol. Le bilan est terrible : bras gauche brisé, jambe gauche mutilée, entaille de 20 cm au visage. C’en est même trop pour le badaud qui la retrouve, la charge dans le coffre de son truck et l’amène directement… chez le croque­mort ! Présumée morte, elle est finalement déclarée dans le coma par le corps médical.

jours de coma

%

de chance de mourir

jours de rétablissement

Les docteurs de la Oak Forest Infirmary sont pessimistes.
C’est clair, elle est condamnée.
Elle sort du coma en onze semaines.
C’est sûr, elle ne marchera plus.
Elle se lève de son fauteuil en moins d’un an.
C’est certain, elle ne pourra jamais recourir.
Elle rechausse ses pointes à peine 1000 jours après l’accident.

BACK FROM THE DEAD

Betty repart avec une jambe plus courte et ne peut plus s’agenouiller. Impossible de prendre un départ classique de sprint. Malgré tout, elle réussit l’exploit majuscule de se qualifier pour le 4×100 mètres des Jeux berlinois de 1936. Avant­-dernière relayeuse, elle est aux premières loges pour voir les Allemandes, favorites, faire tomber le témoin. Les États­-Unis sont sacrés et Betty Robinson s’offre, cinq ans après le crash d’avion qui l’avait laissée pour morte, un deuxième titre olympique.

Elle arrête sa carrière dans la foulée mais continuera à s’investir dans le sport en tant que bénévole, en menant à côté une vie classique : un boulot dans un magasin de bricolage, un mariage, deux enfants. Elle s’éteint à Denver en 1999, à l’âge de 87 ans.

Finalement, le plus fou dans tout ça, c’est peut-­être qu’elle soit tombée dans l’oubli alors que les Américains raffolent des histoires de héros, de come­-back et de renaissance. C’est seulement en 2014 qu’elle ressort de l’ombre avec la parution du livre de Joe Gergen à son sujet (”The First Lady of Olympic Track – The Life and Times of Betty Robinson”). Son cas ayant fait pas mal de bruit outre-­Atlantique à la parution du bouquin, elle devrait désormais rejoindre le Hall of Fame
olympique des USA, quasiment 90 ans après son premier sacre.
And here’s too you Mrs. Robinson.

And here’s too you Mrs. Robinson.

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