La vérité sur le marathon de Boston

Kathrine Switzer n’est pas vraiment la première femme à avoir couru le marathon de Boston. Un an avant sa performance, en 1966, Roberta Gibb a plié la course en 3h51, bien qu’elle n’était pas officiellement inscrite. Du coup, c’est qui la première femme à avoir couru un marathon ?

Ce lundi 16 avril, la planète marathon se tourne vers Boston où le plus vieux des 42,195 km planétaires fête ses 122 ans (pour vous évitez le calcul, le premier a eu lieu en 1896). Aujourd’hui ouvert à tous, les femmes y représentent la moitié des finishers avec 12 166 coureuses à l’arrivée de l’édition 2016. Mais jusqu’à l’accessibilité officielle en 1969 et en 1984 aux JO, le passé de la discipline n’a pas toujours été radieux avec le double chromosome X. Car avant les années 70, l’allemande Gertrud Pfister, docteur de formation, certifiait qu’en « cas d’effort physique, une femme pourrait provoquer un décalage de son utérus voire même de la perte de celui-ci ». Véridique. Toujours est-il que dans ce contexte, deux femmes marquent en 1966 et 1967 l’histoire du marathon de Boston : Roberta Gibb et Kathrine Switzer, rebelles dans l’âme, deviennent les premières athlètes féminines à courir l’épreuve reine.

Sauf que les mémoires ne retiennent que la première des deux. Kathrine Switzer est « célèbre pour avoir été en 1967 la première femme à courir le marathon de Boston comme participante enregistrée » et c’est Wikipédia qui le dit. À 20 ans, la Germano-américaine s’enregistre dans le champ du 70e marathon avec ses seules initiales sur le formulaire puis s’aligne au départ. Avec elle, son entraineur de l’université de Syracuse, Arnie Briggs, et son concubin, Tom Miller, font office de gardes du corps. Pour mieux se fondre dans le peloton, la désormais consultante de 71 ans pour la télévision  américaine s’est même accoutrée d’un pull large pour cacher ses formes. La supercherie tient jusqu’au septième kilomètre où Jock Semple, l’un des officiels de la course, la démasque et la prend en chasse. Dans sa lutte, il tente de lui arracher son dossard n°261 mais prend un caramel par le petit copain de sa cible qui, accessoirement, était un espoir national de lancer de marteau. Kaboom. Au risque de se faire arrêter par la police sur la ligne d’arrivée, Switzer décide de continuer. « Si je ne finis pas, les gens diront que les femmes ne sont pas capables de finir un marathon et que je fais ça pour la célébrité » raconte-t-elle cinq décennies après les faits. Au bout de 4:20’02’’, l’histoire est marquée de son empreinte pointure 39 et son destin à jamais lié à celui de l’ouverture de la discipline aux femmes.

Bobbi la bricoleuse

Mais en réalité, la morale de toute cette histoire, c’est que la petite Kathy est simplement la Mark Zuckerberg des années 60 : on lui a parlé d’un projet révolutionnaire et elle a juste fait pareil en l’officialisant. La fourberie en moins évidemment. Car l’année qui précède, l’Américaine Roberta Louise Gibb, alias Bobbi Gibb, faisait déjà partie des finishers du marathon de Boston 1966. À la différence qu’elle n’était pas officiellement inscrite, sa demande ayant été rejetée par le comité de la course : « les femmes ne sont pas les bienvenues et sont, par ailleurs, physiologiquement incapables de courir de longues distances » lui répondait la missive. Par peur de représailles, la joggeuse de 23 ans, vêtue d’un bermuda de son frère et d’un pull à capuche, s’est donc cachée dans un buisson avant d’intégrer l’arrière du groupe de 451 participants, quelques mètres après la ligne de départ. Déjà cette année-là, le déguisement ne tient pas et les concurrents remarquent sa présence. Pas d’agression, pas de heurt, juste un accueil chaleureux de ses homologues masculins qui l’ont encerclée pour s’assurer qu’elle irait au bout sans être dérangée. Chose qu’elle a fait incognito en bloquant le chrono à 3:21’40’’, soit une heure de moins que celle qui l’a suivi en 1967.

C’est seulement en 1996, pour le centenaire de la course et trente ans après les faits, que l’Union d’athlétisme amateur (AAU) officialise le temps de Bobbi et ses médailles pour les années 1966, 1967 et 1968 avec, pour pire chrono, 3:30:00 la dernière année. Et là on se dit « quoi ? Mais elle a aussi couru en 1967 et plus rapidement que Kathrine Switzer ? » En effet, la triple vainqueur féminine de Boston a bien terminé avant sa compatriote en 1967 mais les officiels de la course l’ont arrêtée sur la ligne d’arrivée. Elle est aujourd’hui reconnue comme la première femme à avoir couru le marathon tandis que l’autre est la première à l’avoir bouclé avec une inscription officielle. Bien que Roberta Gibb et Kathrine Switzer soit les pionnières – dans cet ordre – du marathon féminin, aucune des deux ne figure à un quelconque palmarès du marathon international. Tout comme Violet Piercy, Anglaise détentrice du premier chrono à jamais établi en course, leurs temps sont considérés comme illégaux, donc non-officiels par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme.

Par : Jock Semple, sans rancune
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