La Barkley : rendez-vous en enfer !

Depuis 30 ans, dans la forêt du Tenessee, Lazarus Jake, un ultra-traileur américain, organise une course de l’extrême : 160 km avec 16 000 m de dénivelé positif (deux fois l’Everest), sans assistance, balisage, ni ravitaillement. Avec comme seules aides extérieures : une carte et une boussole.

Il en a eu l’idée après l’évasion de James Earl Ray, l’assassin de Martin Luther King, en 1977. Le fugitif a été rattrapé dans la forêt du Tenessee après 60 heures de cavales. Il n’avait parcouru « que » 13 km… Ce qui a fait sourire Lazarus Jake qui, lui, aurait au moins couru 160 km en autant de temps… La course était née !

Seulement quinze personnes l’ont terminée en trente ans…

Chaque année, ils sont 40 « invités ». Pour y participer, il suffit d’envoyer une lettre de candidature expliquant ses motivations et répondant à une seule question : « Pourquoi voulez-vous courir la Barkley ? ».
À chaque élu, Lazarus Jake envoie une lettre de condoléances. La date de l’épreuve est connue au dernier moment. L’heure du départ, idem. Le parcours, également. À contre-courant des tendances, l’organisateur demande 1,60 dollar (1 centime du kilomètre) de droit d’entrée et les nouveaux inscrits doivent amener une plaque d’immatriculation personnelle. Lazarus Jake les collectionne !

Le top départ est donné quand Lazarus Jake allume sa cigarette…

Les 40 coureurs s’élancent alors dans un environnement hostile pour 5 boucles de 32 km. Pour contrôler le passage des coureurs, des livres sont dissimulés dans la forêt. À chaque fois qu’un roman est trouvé, le coureur doit déchirer la page correspondant à son numéro de dossard. Histoire de prouver qu’il est bien passé au bon endroit…

 

Les coureurs ont 12 heures pour boucler chaque tour 32 km

Le Français Benoît Laval y a participé trois fois : « C’est une course mystérieuse, simple et humaine », résume-t-il.

« Je n’ai jamais réussi à la terminer. Mais je ne désespère pas. C’est une course aussi difficile mentalement que physiquement. Tu ne fais pas que courir ; comme tu dois trouver des livres et qu’il n’y a pas de balisage, tu dois rester attentif en permanence. Si tu es mauvais grimpeur, tu peux te rattraper en descente. Si tu es mauvais de nuit, tu combleras ton retard de jour. Mais si tu n’es pas sur le bon chemin, tu es foutu. Cette année, un Français a mis huit heures pour trouver un passage dans une falaise et parcourir un kilomètre. Le risque, c’est de devenir fou. La fatigue, la nuit, la météo peuvent mettre vos nerfs à rude épreuve. Organiser une course où tout le monde finit, c’est facile. Organiser une course où tout le monde abandonne, c’est facile. Mais trouver la course où tu repousses tes limites, c’est la Barkley », complète cette tête brûlée.

En France aussi

Benoît Laval est devenu ami avec l’organisateur américain. Depuis 2017, il organise la Chartreuse Terminorum (300 km, 25 000 m de dénivelé positif, 80 heures pour finir, 3 euros l’inscription, pas de GPS, pas d’assistance). La prochaine édition a lieu les 31 mai, 1er, 2 et 3 juin 2018. « On a voulu reproduire la Barkley en France pour faire connaître notre beau massif de la Chartreuse. Nous, on ne demande pas de plaques d’immatriculation mais des bières locales. Et on les boit en pensant aux coureurs ! »

Courses de l’extrême : attention danger !

Ultra-trails, course XXL, raids de l’extrême à l’image de la Barkley mettent le corps et l’esprit à rude épreuve. Ces courses sont-elles dangereuses ? « Les premiers risques de ces épreuves sont de nature cardio-vasculaire », répond Anne-Charlotte Dupont, médecin à la Fédération française de triathlon. « L’élévation de certains marqueurs cardiaques a un impact qui peut être dommageable sur le myocarde. Des troubles graves du rythme peuvent aussi survenir, parfois plusieurs heures après la course. Enfin, la survenue de micro-infarctus susceptibles de générer des troubles du rythme cardiaque à long terme n’est malheureusement pas une hypothèse d’école », observe le Dr Dupont.
« Ne négligeons pas, non plus, les dommages musculaires qui, ajoutés à une insuffisance rénale fonctionnelle, dans un contexte de forte déshydratation, peuvent engendrer une rhabdomyolyse [destruction des tissus des muscles striés, dits volontaires] en cas de mauvaise récupération ; voire une insuffisance rénale définitive, sans traitement adapté », met en garde le médecin. « Enfin, des risques de troubles de la vigilance peuvent conduire à une désorientation, voire à des chutes graves durant la course ».

Conclusion : ces courses ne sont pas sans risque sur la santé physique. Sans parler du mental, qui peut lâcher à tout moment.

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