Mais en fait, « running » ça vient d’où ?

C’est fait, le running fera son apparition dans le dictionnaire en 2019. « Running. n.m. : Pratique régulière et intensive de la course à pied dans un esprit de compétition ». L’occasion de revenir sur les différents mots qui ont qualifié une activité pourtant simple : courir.

« Au commencement était le verbe », ainsi débute l’évangile selon Saint-Jean, qui une fois n’est pas coutume est légèrement imprécis. Au commencement était une activité que tout le monde a pratiqué au moins une fois dans sa vie sans vraiment savoir quel nom lui donner. S’enfuir devant un chien belliqueux, rattraper le bus, échapper à un contrôle de police, ne pas arriver en retard au souper familial ; toutes ces activités amènent à l’acte de courir. Pourtant, il y a une multitude de termes pour qualifier cette façon si particulière de lever les genoux sans avoir deux appuis au sol en même temps : running, jogging, course à pied, footing, trot, galop, fuite, cross…

La pratique de la course à pied au sens large est ancienne comme le monde. Philippidès à Marathon, tout ça… Ça fait partie du bagage religieux que tout runner digne de ce nom doit posséder. Pendant longtemps, il n’y avait que le terme générique de « course à pied » pour qualifier toutes les pratiques différentes. Ce longtemps-là a eu lieu bien avant 1936 et l’apparition des congés payées, les loisirs étaient encore peu nombreux et rares étaient les masochistes qui avaient le temps de prendre soin de leur corps en courant régulièrement, et même irrégulièrement. Quelques courses campagnardes avaient bien lieu entre valets des grandes maisons de Grande-Bretagne mais rien qui décida l’Encyclopædia Universalis à se pencher sur la question de la terminologie exacte.

Footing, lifting, zapping

Encore une fois, ce sont les premiers Jeux Olympiques qui font office de détonateur pour la course à pied. La médiatisation du sport, l’apologie des héros, la sacralisation de l’effort et de la compétition (au détriment du vieux baron) vont contribuer à populariser la course. Un terme apparaît au début/milieu du XXè siècle : le « footing », purement franco-français – même les Canadiens ne le comprennent pas – comme lifting par exemple. A la différence de la course à pied, le footing consiste en une activité semi-régulière, qui peut aller jusqu’à plusieurs fois par semaine quand même. On prend ses chaussures, on part une petite trentaine de minutes pour « se décrasser ». Le footing n’est pas encore une discipline à part entière. Il s’inscrit dans une optique d’échauffement et n’a pas pour but de progresser. On ne se fixe pas d’objectif dans le footing. Cela n’a d’ailleurs rien à avoir avec le football, si ce n’est le préfixe « foot » pour pied et le suffixe –ing.

C’est dans les années 1970 que la course à pied prend le tournant décisif de la célébrité, dans la foulée du charismatique Steve Prefontaine. Les Anglo-saxons mettent donc un peu d’ordre dans les appellations. Le terme jogging se développe, prend en consistance et traverse l’Atlantique pour bouter le terme footing hors de l’hexagone. Globalement, footing et jogging sont des synonymes pour désigner : « une pratique de la course à pied à faible allure, venue des U.S.A., envisagée comme un plaisir, et particulièrement bénéfique pour le rythme cardiaque, le maintien de la ligne et l’équilibre nerveux. » En France, on n’est pas dupe comme le signale le journaliste Jean-Michel Gourevitch dans son livre Sports, en 1978 : « L’étonnant, c’est qu’il n’y a strictement rien de neuf dans cette course à petite foulée naguère appelée footing. Seulement, depuis que cet exercice est revenu des États-Unis sous le nom de jogging, la course est devenue une véritable mystique et une mode à laquelle rien ne résiste ». Et cette appellation n’est pas sans poser problème puisque le jogging désigne également l’outil pour faire son jogging. Un peu comme le mot livre, qui décrit le contenant et le contenu.

« Autre chose que se branler sur sa dernière paire de running » 

Effectivement, plus rien ne lui résiste, puisqu’après que l’athlétisme devienne professionnel en 1982, la course à pied donne naissance à deux branches distinctes : l’activité régulière, approfondie, sérieuse en un mot et l’activité irrégulière, prônée par des gens… moins sérieux. Si les seconds nommés peuvent encore parfaitement se réclamer du footing ou du jogging, les premiers ont créé un sport, voire une discipline : le running. Du fait de sa forme plus intense que le jogging, le running s’est accompagné dès sa création de structures, d’outils, d’équipements et donc de coachs.

Un runner pense en terme de performances et d’objectifs. Il court plusieurs fois par semaine, souvent en groupe rappelant les grandes transhumances et affiche fièrement un t-shirt indiquant son appartenance à une grande marque. C’est sur ce point que certaines divergences terminologiques ressurgissent, comme le signale Thibault du site No Pain No Gain Running : « Vous ne verrez pas un runner se lancer sur un Marathon, car cela nécessite une vraie discipline, de la rigueur, de la souffrance, et non pas du fun avec ces potes afin de se branler sur sa dernière paire de running. » Pour information, Thibault se réclame adepte, non pas du running mais, de la course à pied. On en revient au point de départ. Et puis, running désigne aussi bien l’activité que la chaussure… On n’est pas sorti du bois, comme on dit au Québec.

Par : Jean-Romain Blanc
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