Courir quand on est en surpoids

La course à pied est une activité ouverte à tous. Même aux ronds et enrobés de tous bords. Le tout, c’est d’être motivé et volontaire.
En 2016, le collectif Gras Politique voyait le jour, révélant le racisme anti-gros : la grossophobie. Le but, entre autres, des deux fondatrices, Daria Marx et Eva Perez-Bello, est de lutter contre « cet ensemble d’attitudes hostiles et discriminantes à l’égard des personnes en surpoids ». Parmi ces préjugés, il y a celui qui dit qu’un gros est gros parce qu’il n’aime pas ou ne fait pas de sport. Et pourtant…

« Je ne suis pas gros, juste un peu enveloppé »

En course à pied, on considère qu’on est en vraie situation de surpoids quand on pèse 10 à 15 kilos au-dessus d’un hypothétique poids de forme. Ces kilogrammes supplémentaires sont des tissus adipeux qui ne participent pas à la motricité. Ils sont ce sac à dos remplis de cailloux que les héros portent dans les films pour devenir toujours plus forts. « Je me souviens d’une scène bien spécifique, témoigne Caroline, 38 ans. Quand j’étais jeune, j’étais ronde, je ne faisais pratiquement pas de sport. Et lors du baccalauréat, en sport, j’ai dû choisir entre le trois fois 500 mètres et le saut en longueur. Le calvaire. J’ai opté pour le second pour une note finale assez faiblarde… »

En soi, trimbaler une masse plus lourde pose plusieurs problèmes. Le plus évident est celui d’avoir justement à déplacer un corps lourd. Prosaïquement, nous allons réduire cela à un mauvais rapport poids/puissance. Imaginez un 36 tonnes mis en branle par un moteur de Citroën 2CV et vous avez une idée précise – et extrapolée – de la difficulté de courir quand on est en surpoids. Deuxième point : être gros inclut une surexploitation des articulations. Une articulation est différente d’un muscle, on ne peut pas la développer à force de travail à la salle de gym, il faut faire avec celles que l’on possède. Lors de la course à pied, les articulations travaillent beaucoup. Les chocs sont répétés au niveau des articulations et lorsqu’on est en surpoids, elles sont surexploitées, entraînant des douleurs.

Pantalon, amende et épicerie

En partant du même constat, les douleurs lombaires sont multipliées pour une personne en surpoids, qui risque de voir accrues les lésions ligamentaires et les lombalgies. Autre point déterminant, le souffle. Quand on est des kilos en trop, l’abdomen appuie sur le diaphragme et diminue le volume du thorax. Pour faire court : être en surpoids diminue mécaniquement la performance et est néfaste pour le corps. « Au début, c’était dur, confirme Dominique, solide gaillard de 53 ans. Je n’arrivais pas à courir plus de cinq minutes, et encore, c’était à très faible allure. Les jambes, ça allait encore, mais j’avais l’impression que mes poumons allaient exploser. »

Malgré les difficultés que confère un poids élevé, il n’y a aucune contre-indication à la pratique d’un sport. Bien au contraire. Mais il reste un obstacle, et pas des moindres, avant d’arpenter le bitume : le regard des autres. « Franchement, les premières sorties n’étaient pas évidentes, se souvient Dominique. Déjà, on est un peu gros, et donc pas exactement dans les canons du runner. On ne peut pas le masquer avec les fringues, parce qu’elles sont souvent serrées… Ensuite, quand on débute, on ne peut pas courir non-stop pendant trente minutes, alors on alterne marche et course. Faut pas avoir peur du regard des autres. Le plus difficile, c’est de s’y mettre ». Coach sportif professionnel, ayant notamment officié pour le programme « Rondes » de La Parisienne, Vincent Viet ajoute : « être en surpoids et commencer à courir, c’est un peu la même chose que pour un débutant au physique « normal » ou un sportif qui revient de blessure : il faut beaucoup de motivation, et ça passe souvent par le groupe ».

Le mur invisible

Si la motivation est une des pierres angulaires de la course à pied, l’autre est la régularité. Vincent Viet toujours : « le principal, c’est d’accepter de sortir. Ensuite, on met en place un programme avec des exercices accessibles, quitte à faire des sorties particulièrement courtes, de vingt minutes par exemple. Il faut mieux courir trois fois vingt minutes dans la semaine qu’une fois une heure. » « Pour moi, ça a été une nécessité, j’aurais été incapable de courir une heure au début, rapporte Claire, la cinquantaine. J’essayais de sortir plusieurs fois par semaine, juste histoire de retrouver le goût de l’effort, sans le dégoût que peut accompagner le surentraînement. »

Les profils des gens ronds qui courent sont très différents (le costaud Dominique, ou Claire qui a « un peu pris » après une grossesse) mais il y a un mur invisible que tous ont rencontré. Se mettre au sport n’est pas une garantie de perte de poids. « C’est presque l’inverse qui se produit, insiste Vincent. Quand on commence une activité sportive régulière, on prend presque toujours un peu de poids, parce qu’on gagne du muscle sans perdre de la graisse. Et c’est difficile à accepter. En course à pied, on commence à s’affiner au bout de 3 à 4 mois, pas avant. Ça arrive dans un deuxième temps ». Et puis, s’amincir n’est pas forcément un objectif : « Moi, je cours surtout pour retrouver la forme, je ne me fixe pas de but en terme de chronos, pas plus qu’en terme de poids, précise Claire. Si je cours, c’est pour être à l’aise dans mon corps, et ne pas me sentir essoufflée à chaque montée d’escaliers ». À bon entendeur.

Par : Gabriel Cnudde
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