LA COURSE À PIED, ÇA FAIT SUER. ET TANT MIEUX !

Ce n’est pas toujours esthétique, mais c’est rudement efficace : le fait de transpirer est l’un des mécanismes les plus subtils mis à la disposition du coureur. Et la meilleure façon de donner la pleine mesure de ses moyens.

Inutile d’espérer y échapper en ces périodes de fortes chaleurs, quand on s’enfonce dans l’été. Et tant mieux, d’ailleurs : transpirer fait partie intégrante de la panoplie du coureur. Panoplie défensive, même. « Transpirer, c’est indispensable à la régulation interne de la température du corps, qui ne doit surtout pas trop monter », prévient le docteur Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme. Le résultat d’un mécanisme savamment pensé par mère Nature…

Comme un moteur thermique

« Le corps fonctionne comme un réservoir à eau, une eau qu’on utilise pour effectuer des échanges thermiques, poursuit le médecin. Cette eau, en venant se déposer sur la peau via les glandes sudorales, génère un côté rafraîchissant, une sensation de fraîcheur – comme quand on s’asperge d’eau extérieure en courant, ce qui peut être très utile de manière ponctuelle quand on a trop chaud. Du coup, la température monte moins. »

A l’inverse, l’eau à évacuer par la transpiration peut résulter de la production d’énergie. « En effet, l’activité physique produit des calories, et donc de la chaleur interne. Pour en limiter les effets, le corps utilise sa propre eau. Car comme pour les moteurs thermiques, les réactions chimiques qui permettent de produire de l’énergie utilisent de l’eau. »

On en consomme donc beaucoup plus à l’effort, qu’il faut bien évacuer ensuite… « On élimine les deux tiers de la réaction chimique », confirme le docteur. Que ce soit pour se rafraîchir ou pour évacuer l’eau déjà utilisée, la transpiration pointe donc comme un élément central de l’activité physique.

Ne pas limiter le système

En résumé, « transpirer, on n’a pas le choix, reprend Jean-Michel Serra. C’est un mécanisme normal, qu’il ne faut surtout pas chercher à contraindre ou à limiter, comme quand on en voit certains qui courent en K-way par temps chaud en espérant perdre du poids. Cela peut en effet mener à de gros problèmes : ils suent mais n’évacuent pas la chaleur. Comme leur transpiration n’est pas en contact avec l’air, il y a augmentation de la température interne. »

On imagine aisément les risques de surchauffe dans ces cas de figure, avec des conséquences potentiellement graves. « L’être humain a cette possibilité de pouvoir produire de la sueur de toutes les zones du corps, car on a des glandes sudorales partout. En ce sens, nous sommes différents des animaux, des chiens par exemple, qui ne peuvent évacuer la chaleur que par la bouche et la langue. Attention, d’ailleurs : si vous partez courir dix kilomètres avec votre toutou par forte chaleur, vous risquez d’arriver sans chien… » Et de mieux mesurer la chance que vous avez de transpirer.

Comment s’adapter ?

Reste ensuite à s’adapter pour gérer au mieux les contraintes de la transpiration – et il ne sera pas, ici, question d’esthétique ou de bonnes manières, plutôt d’hydratation et de contexte de course. Evidemment, le premier réflexe sera de boire davantage. « Les pertes en sodium et potassium induites par une forte transpiration peuvent être compensées avec des boissons adaptées, comme les eaux pétillantes, en général. Attention toutefois à ne pas trop charger en potassium, qui peut s’avérer dangereux pour le cœur. » Courir torse nu pour moins sentir la chaleur ?

L’effet va souvent à l’inverse du but recherché. « La transpiration sur la peau a tendance à sécher dès qu’il y a un peu de vent, et à bloquer le système, prévient Jean-Michel SerraMais le vrai problème quand on court torse nu, c’est souvent la gestion du soleil et de ses impacts sur l’épiderme. Les coups de soleil peuvent provoquer une brûlure des systèmes internes sous la peau et les glandes sudoripares ont alors du mal à fonctionner. Et si on met de la crème, cela limite la sortie de la transpiration… Mieux vaut porter un tee-shirt qui évacue bien la transpiration, l’enlever et le remettre si besoin. » De même, les ambiances humides et chaudes, dans certains pays, peuvent être un vrai frein à ce phénomène de régulation, limiter la transpiration à cause de la couche d’humidité qui stagne sur la peau. « 30°C et 80 % d’humidité, cela correspond à 40°C en temps normal. Voilà pourquoi il est difficile de courir en zone tropicale. » Autant de paramètres à prendre en compte quand court. Mais en gardant bien à l’esprit que transpirer, c’est faire respirer le moteur…

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