Ce qui fait de New York un marathon si spécial

À les entendre parler, les finishers du marathon de New York convaincraient le plus grand des fainéants à s’inscrire. Oui, ce marathon est vraiment singulier. Pour son ambiance et, à l’unanimité, pour « le virage ».

« Pour entrer dans Manhattan, on traverse le pont de Queensboro où il y a ce virage à droite à l’autre extrémité. On a l’impression d’entrer dans un stade tellement il y a de monde qui nous acclame. Et c’est hallucinant parce qu’une fois qu’on tourne, on voit l’immensité de la 1ère Avenue, une rue toute droite, qui monte un peu, avec une foule impressionnante. Elle parait interminable. » Julie Dupas et Émily Picand ne se connaissent pas du tout. La première, 24 ans, a couru le marathon de New York l’an dernier alors que la seconde, 39 ans, a ramené ses médailles en 2002 et 2010. Pourtant, mot pour mot, les deux runners décrivent le virage du 26e kilomètre de la même manière. « J’ai le souvenir d’avoir presque eu les larmes aux yeux » ajoute la plus expérimenté des deux avec un frisson qui lui parcourt l’échine. En 1992 déjà, la Niçoise accompagnait son père en tant que spectatrice. C’est à cette date qu’elle a parié avec lui qu’ils le courraient ensemble 10 ans plus tard. « Je me souviens que même en 2002, un an après les attentats du 11 septembre, l’effervescence était la même. » Elle poursuit : « Le bruit qu’ils font est incroyable. » En 2017, le niveau sonore des 7 500 spectateurs réunis dans le virage s’élevait à 128 décibels ; c’est plus qu’un marteau-piqueur ou une tronçonneuse à chaîne.

Le résultat d’une ville qui, chaque année début novembre, vit au rythme de son marathon. Tout y est plus grand, plus spectaculaire. Au Jacob Javits Convention Center, cube monumental bâti en verre où les coureurs retirent leur dossard la veille, « les gens applaudissent et nous félicitent déjà lorsqu’on entre, il y a des écrans géants partout, la sono est à fond, décrit Julie. C’est un vrai show à l’américaine. » Une fois récupéré, le sésame offre même des réductions dans toutes les boutiques de sport de la ville. « Au départ, il y a même l’hymne américain qui est chanté, c’est une fête nationale en fait » ironise la Francilienne, qui avoue avoir fait des emplettes juste avant la course. Pour ce pseudo jour férié, ils seraient près de deux millions, soit un quart des habitants de la Big Apple à longer le parcours dans le seul but de motiver les 55 000 participants. Émily ajoute : « New York étant une ville cosmopolite, on retrouve toute sa diversité sur la course. En plus, les pompiers et policiers sont de sortie avec leurs camions pour mettre l’ambiance, c’est génial. »

Le mythe des ponts de New York

Mais le New York Marathon n’est pas que liesse et extravagance. Il y a cette torpeur de l’aurore, le dimanche, que les deux Françaises se souviennent avoir subie. « On se lève à 4h30 du matin, pour prendre la navette vers le départ : le rythme de préparation et l’alimentation sont décalés » juge pour sa part la double finisher. « S’ensuit une heure de route où personne n’est vraiment réveillé, enchaîne Julie, avant d’arriver dans son sas. En descendant du bus, j’ai vraiment eu le sentiment d’arriver en prison. » Elle décrit un flot de policiers et de cars desquels sortent en rang des individus silencieux, éteints par le froid et mal habillés pour lutter contre celui-ci. Certains entament leur réveil musculaire mais la majorité errent pendant les deux heures qui les séparent du départ. « C’est une période étrange à passer. »

Cette ambiance en totale rupture avec le reste fait aussi « le petit plus » du marathon de New York. « D’ailleurs, il y a comme une culture du silence sur tous les ponts, continue Julie en se remémorant le premier kilomètre sur le Verrazzano-Narrows Bridge. On quitte l’agitation du départ et des encouragements, puis dès les premiers pas sur le pont, plus rien. » « On entend juste le bruit des pas et les respirations des coureurs, c’est d’ailleurs les seuls moments où l’on peut s’entendre » complète Émily. Quant à l’arrivée, elle fait partie de la seule chose difficilement descriptible pour elles. Il faut la voir pour savoir.

Y a-t-il des défauts à New York ?

Pour les deux françaises, New York était le premier marathon. Depuis le 3 novembre 2002, Émily en a couru dix de plus : Chicago, Berlin, Paris et Florence, entre autres. « C’est juste incomparable. » Même la deuxième fois, la trentenaire s’est laissée envahir par l’envergure de l’événement. Et si les deux sont unanimes sur l’envie d’en courir d’autres dans le monde, Émily pointe le seul défaut du marathon bientôt cinquantenaire (c’est la 48e édition cette année) : « Il est tellement attractif que de plus en plus de coureurs y prennent part et le terminent. Chaque année, je perds un peu plus la rareté de ce que j’ai vécu. C’est égoïste mais j’aimerais que le cercle ne s’agrandisse pas (rires). » Après la description de la 1ère Avenue, la chose s’annonce compliquée.

Par : Alice Yakeys
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