Comment atteindre le runner’s high, l’euphorie du coureur ?

Grâce à la course à pied, vous allez pouvoir connaître une sensation de bien-être naturelle et sans danger : l’euphorie du coureur. Un terme tiré de l’anglais runner’s high. Elle est atteignable grâce à la libération de certaines molécules en courant, et des études montrent qu’un effort particulier favorise l’apparition du runner’s high.

Elle est rare et recherchée. Agréable lorsqu’on l’effleure, elle est salvatrice lorsqu’elle nous traverse. L’euphorie du coureur, connue sous le nom anglais de runner’s high, est cette sensation de bien-être que l’on peut éprouver pendant une session de course à pied. Plénitude, nirvana, état de grâce, flottement, invincibilité, légèreté, sensation de voler, que chaque foulée est soumise à une gravité diminuée… Multiples sont les sensations décrites par ceux qui l’ont un jour atteinte ou qui l’atteignent régulièrement, mais toutes convergent vers une sensation globale de bien-être.

Avant de savoir comment l’on peut atteindre cette sensation de défonce naturelle, il est judicieux de comprendre ce qui se passe dans votre cerveau lorsque vous atteignez cet état. Et malgré la complexité des réactions chimiques opérées pour y parvenir, le processus général est assez simple à comprendre. Le running va permettre au cerveau de libérer des centaines de molécules ayant des effets divers, dont certaines vont provoquer une sensation de bien-être. Le Dr. Francis Chaouloff, directeur de recherche à l’INSERM qui s’intéresse aux réactions chimiques opérées dans le cerveau grâce à l’effort physique, en cible deux principales : « L’effort de course à pied va libérer une multitudes de molécules. Endorphine, endocannabinoïde, dopamine, sérotonine pour ne citer que les plus connues. Mais il n’a pas encore été démontré chez l’homme qu’elles jouent toutes un rôle dans le runner’s high. Tout ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que les deux principaux groupes de molécules qui sont impliquées dans cette sensation d’euphorie sont les endocannabinoïdes et, surtout, les endorphines. Ceci n’est pas surprenant car elles sont impliquées de manière générale dans les sensations de bien-être. »

Endorphines et endocannabinoïdes

Scientifiquement, ces molécules sont appelées neurotransmetteurs. Elles vont agir sur deux récepteurs cérébraux qui leurs sont spécifiques. Pour faire simple, les endorphines vont activer les récepteurs opiacés, et les endocannabinoïdes vont activer les récepteurs endocannabinoïdes. Une fois activés, ces récepteurs peuvent procurer des sensations similaires à celle des substances psychotropes.

La bêta-endorphine, l’endorphine en question, est connue pour être l’hormone du bien-être. C’est en fait une morphine endogène, c’est-à-dire qui est libérée par notre organisme au lieu d’être extraite de l’opium du pavot. Une sorte de morphine interne. La bêta-endorphine et la morphine agissent donc sur ces mêmes récepteurs opiacés (d’où le nom donné à l’opium, ndlr). Ils ont une structure moléculaire similaires, et donc des effets similaires.

Quant aux endocannabinoïdes, ce sont des lipides endogènes (tel l’anandamide) qui sont libérés par les neurones. Comme pour l’endorphine et la morphine, les endocannabinoïdes activent des récepteurs qui sont également reconnus par le tétra-hydro-cannabinol (THC), le composé psychoactif le plus important du cannabis (qui comprend une centaine de molécules), et qui est interdit en France. Et oui, grâce à la course à pied, il est possible de connaître un état proche de celui ressenti après avoir fumé un joint. Et pour la petite histoire, cela ne fait qu’environ 10 ans que les endocannabinoïdes ont été reconnus comme responsables du runner’s high. Le Dr. Francis Chaouloff est expert sur ce domaine. Il étudie les relations entre les cannabinoïdes et la course à pied sur les souris depuis 2007 : « J’ai commencé à travailler sur les relations entre le système endocannabinoïde et la course à pied après avoir lu un article scientifique sur le runner’s high. J’ai été stupéfait par le parallèle qu’ils faisaient entre les sensations que vous avez avec le runner’s high et celles après avoir fumé un joint, explique-t-il. On se sent mieux, on a une distorsion du temps, on a moins mal… Des sensations que l’on retrouve avec le cannabis. Alors je me suis demandé : est-ce que finalement, les endocannabinoïdes ne sont pas impliqués dans les sensations de bien-être liées à la course à pied ? » Les études chez la souris de laboratoire semblent suggérer que la réponse est oui. Les recherches actuelles et futures pourront peut-être permettre de connaître d’autres molécules, qui comme les endorphines et les endocannabinoïdes, interviennent dans ces sensations de bien-être en course à pied.

Comment l’atteindre le runner’s high ?

En tant que coureur, on sait que le runner’s high intervient à différents moments lors d’une session course. C’est assez aléatoire. Mais une simple consultation d’articles sur le sujet permet de ressortir tout un tas d’informations différentes et contradictoires, sur la durée d’effort et l’intensité nécessaires.

Aujourd’hui, nous savons cependant qu’il y a certains types d’efforts qui favorisent l’apparition de l’euphorie du coureur. De sérieuses études ont été menées, notamment celle de l’Université Technique de Munich en 2008. L’équipe de chercheurs a démontré que l’euphorie était constatée chez 10 athlètes après avoir couru 2 h à un rythme élevé mais sans rentrer dans le dur, estimé à 70/75 % de leur Fréquence Cardiaque Maximale (FC Max).

Une autre étude, menée par des chercheurs d’universités américaines et finlandaises en 2018, a démontré que l’euphorie du coureur était ressentie après 1h d’exercice à intensité modérée. L’étude comparait un groupe de 22 athlètes après un effort intense (HIIT), après 1h d’effort modéré et au repos. Les résultats ont été sans appel.

N’ayez pas peur, il ne faut pas obligatoirement courir 2h pour ressentir l’euphorie du coureur. Mais il est possible de dire qu’elle intervient après un effort dit long (à partir d’environ 1h), à une intensité modérée : en sortant de votre zone de confort sans rentrer dans votre zone de rupture. Pour donner une indication approximative, une course lors de laquelle vous êtes capable de prononcer une phrase en courant, mais pas plus. Alors désormais, il ne vous reste plus qu’à sortir courir jusqu’à un jour atteindre cet état de grâce. Mais attention, ne vous focalisez pas dessus. Sinon, il est possible que vous ne la trouviez jamais.

Par : Guillaume Depasse
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s