Comment courir rend intelligent

Les sports d’endurance favorisent la création de neurones. C’est prouvé. Finies les excuses pour ceux qui ont 18 en EPS et 7 en maths.

Le mathématicien Alan Turing avait ouvert une première brèche : et si la course à pied n’était pas qu’un sport de bourrins à œillères ? L’Anglais, capable de courir un marathon en 2h40, était aussi l’un des cerveaux les plus brillants en activité à la mi-temps du siècle dernier : avancées dans le domaine des mathématiques et de l’informatique, décryptage de la machine de codage allemande Enigma, ses exploits sont nombreux. De récentes études ont mis en corrélation la pratique du sport et le développement de certaines zones du cerveau. Deux millénaires après les Satires de Juvénal, les chantres d’un esprit sain dans un corps sain ont une nouvelle corde à leur arc.

Si personne n’a encore prouvé qu’un esprit sain pouvait permettre de passer sous les trois heures au marathon, l’inverse dispose de quelques arguments. Eléments d’explication avec le neurologue Jean-François Chermann : « Normalement, à l’âge adulte, un individu perd des neurones. Mais des tests ont été effectués : on a pris des personnes et on leur a fait faire du sport trois fois par semaine pendant 3 à 6 mois. Après IRM, on s’est aperçu d’une augmentation de 1 à 2% du volume de l’hippocampe ».

Une histoire d’hippocampe

L’hippocampe est un élément du cerveau, présent dans le lobe temporal médian, chargé notamment de la création des neurones (neurogenèse) et qui participe au développement de la mémoire spatiale et de l’attention. En regardant de plus près certaines de nos habitudes, on se rend compte de l’importance d’allier le sport et l’orientation spatiale par exemple. Pensez à nos ancêtres chasseurs de caribous, adeptes de la course à l’épuisement. Il fallait être capable de courir longtemps à la poursuite de la harde et pouvoir rentrer chez soi par la suite, butin sur le dos ; et donc savoir différencier sa droite de sa gauche et se repérer précisément dans l’espace.

A l’âge adulte, la neurogenèse « naturelle » dans l’hippocampe est faible ou nulle, mais elle peut être stimulée par la présence d’un environnement enrichi, l’apprentissage, les antidépresseurs et, donc, le sport. Le Dr. Chermann ajoute : « Même tardivement, pour des individus âgés, les conclusions sont les mêmes. Il n’y a pas d’âge pour faire du sport, c’est comme une cure de jouvence ».

Bien évidemment, en soi, les neurones créés à l’aide de l’activité physique ne génèrent aucune connaissance ; ils donnent seulement de meilleurs moyens d’accéder à la connaissance. Ils offrent de meilleurs outils intellectuels pour apprendre. En bref, si vous courez deux heures chaque jour puis que vous passez le reste de votre temps à tester le mode Multijoueur de FIFA 19, vous allez acquérir des connaissances encyclopédiques concernant un jeu vidéo de football, mais ça ne vous aidera pas à comprendre l’équation de Schrödinger. Le sport vous donne les moyens, à vous ensuite de vous mettre en condition pour apprendre.

Courir oui, la musculation et le CrossFit un peu moins

Cependant, les études réalisées sur la question ont permis de démontrer que tous les sports n’offraient pas les mêmes outils pour développer l’intelligence. Les exercices dits de résistance (musculation) et l’entraînement par intervalles à haute intensité (CrossFit) donnent des résultats au mieux moyens (CrossFit), au pire nuls (muscu). La société n’a pas attendu le résultat de ces études pour faire le raccourci et permettre de dénigrer l’intelligence des « musclors » et autres « malabars ». Ce qui donne nombre de combinaisons loufoques aux ressorts comiques dans le style « Minus et Cortex », Bud Spencer et Terence Hill ou Tyrion Lannister et Sandor ‘Le Limier’ Clegane.

Jean-François Chermann de préciser : « Tous les sports n’ont pas de conséquences bénéfiques sur la taille de l’hippocampe. Il faut faire une activité soutenue et régulière pour observer des bienfaits, comme une course de 40 minutes. De plus, la course étant un sport monotâche, elle nous laisse du temps : on peut penser à autre chose, réfléchir à des problèmes et les résoudre par exemple ». La course à pied est recommandée, comme la natation ou le cyclisme. A titre d’exemple, la randonnée n’est pas assez intense pour favoriser le développement de l’hippocampe.

Dans tous les cas, il est déjà démontré que faire du sport, en développant l’hippocampe à l’âge adulte permet de lutter efficacement et préventivement contre des maladies dégénératives comme Alzheimer ou Parkinson.

Ces études ont permis de poser de nouvelles hypothèses au sujet des bénéfices que le sport pourrait avoir sur le cerveau : « Dans l’avenir, appuie le neurologue, on pourrait peut-être réussir à démontrer qu’en faisant des sports plus complexes, qui nécessitent une décision sélective – des sports collectifs comme le football ou le rugby par exemple -, on développe probablement encore davantage notre intelligence. »

Qu’en est-il alors du chessboxing cette activité qui lie la boxe au jeu d’échec ?

Par : Jean-Romain Blanc
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