Courir sur tapis, utile ou pas ?

Dans les salles de sport, le tapis de course est une des machines prises d’assaut pendant l’hiver. Bon outil pour progresser ou simple instrument pour frileux ? On fait le point.

La course, ce n’est pas seulement les grands espaces, les rencontres avec des animaux sauvages et l’air frais qui cingle le visage. La course, ça peut aussi se pratiquer en intérieur, sur un tapis. Plutôt que gambader dehors comme un faon tout juste né, le coureur reste sur place comme un hamster qui tourne dans sa roue. Développé au début du XXè siècle, le tapis répond à plusieurs demandes : rééducation, commodité, adaptabilité ou encore confort et sécurité. Mais des questions demeurent : est-ce vraiment efficace ? Et surtout, y a-t-il des inconvénients à courir sur place ? L’adage ne dit-il pas qu’à ne pas avancer, on finit par reculer ?

Aujourd’hui, l’appareil est omniprésent dans les salles de musculation et même chez les particuliers. Chaque année, il en est vendu près de 70 000 en France. Alors que l’hiver vient et qu’on a peur de se faire une cheville sur une feuille morte ou qu’on risque le rhume à chaque courant d’air, le tapis offre un confort bienvenu : « Quand je vois le froid qu’il a fait la semaine dernière, témoigne Vincent, 36 ans, sachant que j’ai abonnement à la salle, je n’ai pas hésité. Direct, je suis allé courir sur tapis. »

Plus belle la vie et courroie de transmission

D’autres, comme Isabelle, coureuse régulière d’une quarantaine d’années, voient dans la course en intérieur un bon moyen de rattraper son retard dans les épisodes de Plus belle la vie : « En salle, l’ennui, c’est relatif. On peut tout aussi bien s’ennuyer en extérieur, quand on fait des tours de terrain… En intérieur, on peut regarder la télévision, mettre un feuilleton un peu débile pour faire passer le temps ». Parmi les autres avantages, beaucoup sont liés au fait d’être dans un espace clos : moins d’insécurité, pas de problème d’éclairage, pas de circulation ni de problème de pluie, pas de regard des autres…

Les performances s’en ressentent également. Vincent toujours : « Quand je cours sur tapis, j’ai l’impression d’aller plus vite. Impression confirmée par la vitesse indiquée sur le moniteur. Je cours à 11 ou 12 km/h de moyenne en extérieur et je peux monter jusqu’à 13 sur tapis de course, sur des durées similaires ». Cette vitesse accrue s’explique par le mouvement de la courroie qui entraîne davantage le pied. Le docteur Eric Laboute, spécialiste en médecine physique et réadaptation au Centre européen de rééducation du Sportif (CERS) de Capbreton, décrypte le phénomène : « Sur le tapis, on a une foulée rasante, due à l’enroulement du tapis. La progression verticale et la phase de propulsion sont réduites et on ramène les pieds plus rapidement ».

Il y a donc une vraie différence de mécanisme entre la course sur tapis et la course en extérieur. « Le corps s’adapte aux conditions dans lequel il s’entraîne, précise le Dr. Laboute. Et il s’habitue au tapis. On le voit bien quand on en descend : quand on se remet à marcher, la sensation est bizarre. Un peu comme lorsqu’on descend d’un vélo. » Les jambes veulent être entraînées, or, il n’en est rien. Ce genre de sensations qu’on peut également ressentir en quittant un escalator.

Des prisons britanniques aux salles de sport

La conclusion semble donc claire : courir sur un tapis ne remplace pas les foulées au grand air. Contrairement à ce que l’on pensait dans les prisons britanniques au XIXème siècle, où l’on faisait marcher des bagnards pendant des heures sur un tapis roulant pour combattre l’oisiveté et leur faire accomplir un travail « utile ». « Sur tapis, la foulée n’est pas parfaitement naturelle, ajoute le spécialiste. Elle est toujours la même, presque trop régulière. Il n’y pas de variation, en plus du fait que la répétition exacte d’un mouvement risque d’entraîner de l’ennui ». Certains risques sont ainsi accrus, parce que les articulations sont habituées à leur petit confort. Des entorses peuvent subvenir si l’on passe trop rapidement d’un entraînement intense en salle à un trail en forêt, par exemple.

Pour optimiser les avantages du tapis de course, il faut s’en servir avec parcimonie. La gestion des conditions de course permet de créer des programmes adaptés à chaque besoin. Sur un tapis, on peut régler la vitesse, la pente et donc jouer avec facilité sur l’intensité de l’exercice. Les programmes individualisés permettent aussi de lutter contre la monotonie de la course. Vous ne verrez pas de montagne mais vous pourrez la sentir dans les cuisses en augmentant les degrés de la pente.

Vers l’infini et l’au-delà

La capacité d’adaptation de la machine à l’homme en fait un outil aujourd’hui indispensable pour la rééducation. « Il y a tellement de variables d’ajustement possibles sur un tapis qu’il est beaucoup utilisé au Centre, dit le Dr. Laboute. Il permet de soulager le patient, de le faire s’entraîner progressivement. Le tapis est moins traumatisant pour les articulations que le bitume ou la course en extérieur normale ».
Pour un individu en bonne santé, le tapis s’avère donc être un outil complémentaire à la course en extérieur. « Il faut intégrer le tapis de course comme une alternative. Même s’il n’y pas de contre-indication majeure à un entraînement intensif en salle, je conseillerais de faire de la course à pied en extérieur pour les exercices d’endurance pure et de réserver le tapis à des séances plus spécifiques ». Le tapis est tellement un outil d’adaptation que les astronautes s’en servent pour simuler la sensation d’apesanteur en réduisant artificiellement leur poids de corps. De là à dire que s’entraîner en salle fera de vous un Thomas Pesquet en puissance, il n’y a qu’un pas – petit pour l’homme mais grand pour l’humanité.

Par : Jean-Romain Blanc
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